Premier pas d’un long voyage

Théo Guillaume

Cette contribution retrace l’odyssée fragile des bébés tortues vertes dans l’Atoll de Tetiaroa (Tahiti, Polynésie Française), de leur éclosion jusqu’à leur envol dans l’océan. À travers un regard mêlant science et art, elle révèle les défis immenses que ces émergentes affrontent, entre prédateurs et obstacles naturels. Un hommage à la beauté, à la vulnérabilité et à la résilience de cette vie marine fragile.

BIOGRAPHIE

Originaire d’Avize, au cœur de la Champagne, ma passion pour le monde sous-marin est née à l’âge de 10 ans, lors de voyages à l’île Maurice et en Martinique. Depuis, j’ai orienté tout mon parcours vers l’étude de l’océan. Diplômé d’un double master en océanographie et biologie marine, j’ai travaillé sur l’impact de la pêche au chalut, puis sur la reproduction des tortues vertes. Je vis actuellement en Polynésie française, où je coordonne le suivi des pontes de Chelonia mydas sur l’atoll de Tetiaroa pour l’association Te Mana O Te Moana. La photographie a d’abord été un moyen de garder une trace des espèces croisées, avant de devenir un véritable outil de sensibilisation. Mon engagement photographique m’a conduit à illustrer des publications scientifiques et à participer à des projets de sciences participatives. Depuis trois ans, mes clichés ont reçu plusieurs distinctions, dont des prix aux concours Millesimages des récifs et L’Œil du Climat.

PRÉSENTATION DE LA SÉRIE

Cette série photographique retrace le parcours fragile et extraordinaire des bébés tortues vertes (Chelonia mydas), de leur éclosion jusqu’à leurs premiers instants dans l’océan. Chaque image saisit un moment clé de cette odyssée millénaire : l’émergence du sable, la traversée hasardeuse de la plage, le premier contact avec l’eau, la traversée du lagon, le franchissement du récif, puis le début de la vie dans l’immensité de l’océan. Biologiste marin et photographe sous-marin basé en Polynésie française, je coordonne le suivi des pontes sur l’atoll de Tetiaroa depuis deux ans pour l’association Te Mana O Te Moana. Ce lieu, sanctuaire naturel protégé, m’offre une proximité unique avec les tortues vertes, que j’observe et j’étudie au quotidien. C’est dans ce cadre que j’ai eu l’occasion de capturer chaque cliché de cette série photographique. Armé de ma caméra, je documente ces instants fugaces, entre vulnérabilité extrême et instinct de survie. À travers cette série, je souhaite raconter une histoire invisible, souvent oubliée : celle d’un départ plein de risques, où chaque obstacle et chaque prédateur peut être fatal. Pourtant, malgré tout, elles avancent. Elles rampent, elles nagent, guidées par un instinct ancien et une volonté bouleversante. Ces photographies se veulent à la fois documentaires et sensibles, scientifiques et poétiques. Elles visent à éveiller l’émotion, à susciter la prise de conscience et à rappeler l’importance des efforts de conservation pour ces espèces protégées. Donner à voir, c’est déjà commencer à protéger.
Après près de 60 jours passés à se développer enfouis à environ 50 cm sous le sable, les nouveau􀀀nés de tortues vertes entament leur ascension vers la lumière. Leur émergence marque le début d’un voyage aussi périlleux que fascinant.

Photographiée sur l’atoll de Tetiaroa en Février 2025.
À la surface, les premières lueurs du jour ainsi que la pente de la plage guident les émergentes vers le lagon.

Photographiée sur l’atoll de Tetiaroa en Février 2024.
Sur ce sable blanc, chaque seconde compte. Crabes, bernard-l’ermite et autres prédateurs terrestres rodent, guettant ces proies vulnérables. Dans cette traversée haletante, la survie est une affaire de rapidité, de chance et de détermination.

Photographiée sur l’atoll de Tetiaroa en Février 2024.
À peine immergées, les jeunes tortues découvrent un monde nouveau. Le lagon devient leur terrain d’exploration, mais aussi le théâtre de nouveaux défis. Leur objectif : atteindre le récif, frontière ultime avant le grand large.

Photographiée sur l’atoll de Tetiaroa en Février 2023
Sous les reflets paisibles du lagon, les requins pointes noires (Carcharhinus melanopterus) patrouillent. Prédateurs naturels, ils rappellent que chaque étape vers l’océan est une épreuve où la beauté côtoiele danger.

Photographiée sur l’atoll de Tetiaroa en Janvier 2024.
Les émergentes doivent franchir le dernier rempart : le récif corallien. Entre coraux et amas d’algues brunes (Turbinaria ornata), elles se frayent un chemin, cherchant la faille qui les guidera vers l’immensité océanique.

Photographiée sur l’atoll de Tetiaroa en Novembre 2024.
Le passage du récif franchi, l’océan s’ouvre à elles. La prédation s’apaise, mais l’inconnu s’étend. Les émergentes effectuent leur première apnée, puis remontent prendre leur premier souffle en haute mer avant de continuer dans cette étendue bleu.

Photographiée sur l’atoll de Tetiaroa en Décembre 2024
Au-delà du récif, les bébés tortues disparaissent dans le bleu. Les scientifiques ignorent encore leur destination exacte, mais on suppose qu’elles se laissent porter par les courants marins durant leurs premières années de vie.

Photographiée sur l’atoll de Tetiaroa en Décembre 2024.
Une tortue sur mille atteindra l’âge adulte. Entre menaces naturelles et pressions humaines — pollution, changement climatique, filets dérivants, braconnage, collisions — leur parcours est un long combat pour la survie.

Photographiée sur l’atoll de Tetiaroa en Novembre 2024