Danse, les filets

Sandrine Turpin

Cette série présente la conception traditionnelle des filets des pêcheurs Vezo à l’image d’une œuvre chorégraphique. Ces triptyques en noir et blanc, en immersion auprès des pêcheurs Vezo, nomades des mers dans le sud-ouest de Madagascar, mettent en lumière l’importance du geste dans la conservation des territoires et des littoraux marins. Comme un ballet, ces gestes singuliers et uniques révèlent la fragilité et la sensibilité des hommes. Des gestes, des pratiques et des histoires à sauvegarder.

BIOGRAPHIE

« Photographe réunionnaise, mon travail photographique s’inspire de l’approche documentaire. Le territoire, l’absence et les formes de mémoire habitant l’espace public sont des thématiques que j’investigue particulièrement. En toile de fond, une quête du mouvement qui laisse transparaître un imaginaire fantasmé porté par l’insularité de mon île natale. Pourquoi décide-t-on un jour de s’en aller ? Vers où ? Que laisse-t-on ? Quelles traces ? Si l’exil forcé existe, pourquoi se l’imposer, le chercher pour nous-mêmes, se contraindre à le vouloir ? Que restera-t-il de nous, exilés volontaires, à la fin du parcours ? En quoi partir, le déplacement ou la fuite permettent-ils parfois de nous retrouver ? »

PRÉSENTATION DE LA SÉRIE

D’Itampolo à la Baie des Assassins, sur près de 500 km, je pars à la rencontre du peuple vezo, rois des mers du sud-ouest de Madagascar, pour interroger le rapport qu’ils entretiennent à l’océan. Cette série de triptyques en noir et blanc fait partie du projet de documentaire photographique et d’écritures actuelles sur la Grande Île, « Vezo, à contre-courant – Quand partir n’est plus une option ». Vivant en symbiose avec la mer et les éléments naturels, l’équilibre est une composante essentielle de la culture vezo, de leur pirogue aux ressources halieutiques qui leur sont offertes. Mais derrière les dunes de sable façonnées par ces flots, que se joue-t-il ? Au creux de ces montagnes éphémères, le peuple vezo redéfinit, par nécessité et par obligation, l’impermanence de sa vie. Les voiles dansent sous le vent, la mer fait tanguer les pirogues et les pêcheurs chantent leur amour de la mer. Une toute autre chorégraphie se joue avant même de dompter les flots : celle des doigts, celle des mains, celle de l’être qui fait corps avec le filet… Un enfant, assis au sol, observe. Un enfant, auprès de son père, pratique un savoir-faire qui demande exigence, patience et répétition. Un savoir transmis de génération en génération depuis des millénaires. Ce n’est pas la danse traditionnelle des Vezo, pas comme celle d’autres ethnies. Leur danse à eux est celle de leur corps qui épouse la soie, le tissu ou désormais le plastique… Une danse de la peau et de la matière. Une chorégraphie que l’on fait seul, mais surtout à plusieurs. On parle, on s’écoute, on se regarde pour se mouvoir en harmonie et construire ensemble ce qui les nourrira bientôt. Cette série présente la conception traditionnelle des filets des pêcheurs vezo à l’image d’une œuvre chorégraphique. Comme un ballet, ces gestes singuliers et uniques révèlent fragilité et sensibilité liées à un monde et à une nature en évolution. Des gestes, des pratiques et des histoires à sauvegarder.

PHOTOGRAPHIE #1 ETIENNE

Il est presque 10h du matin, Etienne installé près de sa maison au coeur du village de Sarodrano dans le sud de Tuléar est assis au sol. Etienne a une vingtaine d'années et n'a pas encore d'enfants. Il vit seul. Il confectionne avec son ami Laurent un filet qui lui permettra d'aller à la pêche. Copertino, âgé de 5 ans, nous rejoins, s'installe lui aussi auprès de ses "olobes" (anciens). Il les regarde tisser minutes après minutes ce qui deviendra leur filet de pêche.

PHOTOGRAPHIE #2 JAFAR

7h du matin à Sarodrano. Les pêcheurs sont partis en pirogues au petit matin. Les premières lueurs apparaissent. Jafar installe son filet sur sa pirogue. Il partira un peu plus tard. Jafar est concentré. Défaire son filet pour l'installersur sa pirogue est un exercice qui demande de la rigueur. Il ne faut pas que les mailles se coincent.

PHOTOGRAPHIE #3 RAFAEL ET SON PÈRE

A Sarodrano, Rafael a un peu moins de 10 ans, peut-être même 7 ans. Il aide son père Jafar à détendre les filets de leur pirogue. Il ne partira pas en mer avec lui. Il ne fait que l'installer pour le moment. Quand il sera un peu plus âgé il pourra naviguer avec son père.

PHOTOGRAPHIE #4 AMBOLOMAILAKA

Un regroupement de jeunes pêcheurs dans une petite cour en plein milieu du village de Ambolomailaka, à 1H au nord de Tuléar. Environ 20 m2 de moustiquaire se trouve au sol. Des jeunes tirent, posent, éloignent,rapprochent... ils bougent tout autour de ces tissus qui deviendront, après la couture, des filets pour se rendre en mer