D’Itampolo à la Baie des Assassins, sur près de 500 km, je pars à la rencontre du peuple vezo, rois des mers du sud-ouest de Madagascar, pour interroger le rapport qu’ils entretiennent à l’océan. Cette série de triptyques en noir et blanc fait partie du projet de documentaire photographique et d’écritures actuelles sur la Grande Île, « Vezo, à contre-courant – Quand partir n’est plus une option ».
Vivant en symbiose avec la mer et les éléments naturels, l’équilibre est une composante essentielle de la culture vezo, de leur pirogue aux ressources halieutiques qui leur sont offertes. Mais derrière les dunes de sable façonnées par ces flots, que se joue-t-il ? Au creux de ces montagnes éphémères, le peuple vezo redéfinit, par nécessité et par obligation, l’impermanence de sa vie. Les voiles dansent sous le vent, la mer fait tanguer les pirogues et les pêcheurs chantent leur amour de la mer. Une toute autre chorégraphie se joue avant même de dompter les flots : celle des doigts, celle des mains, celle de l’être qui fait corps avec le filet… Un enfant, assis au sol, observe. Un enfant, auprès de son père, pratique un savoir-faire qui demande exigence, patience et répétition. Un savoir transmis de génération en génération depuis des millénaires.
Ce n’est pas la danse traditionnelle des Vezo, pas comme celle d’autres ethnies. Leur danse à eux est celle de leur corps qui épouse la soie, le tissu ou désormais le plastique… Une danse de la peau et de la matière. Une chorégraphie que l’on fait seul, mais surtout à plusieurs. On parle, on s’écoute, on se regarde pour se mouvoir en harmonie et construire ensemble ce qui les nourrira bientôt. Cette série présente la conception traditionnelle des filets des pêcheurs vezo à l’image d’une œuvre chorégraphique. Comme un ballet, ces gestes singuliers et uniques révèlent fragilité et sensibilité liées à un monde et à une nature en évolution. Des gestes, des pratiques et des histoires à sauvegarder.